Samedi 27 août 2011.
- Je pense que les sacs sont prêts !?
- Oui, je pense que nous n’avons rien oubliés.
- Alors c’est parti…
- Mais où ?
- Tu verras bien, c’est une surprise…
Nous voilà partis, Estelle et moi, pour une rando sur 2 jours avec bivouac sauvage.
1h40’ plus tard, nous nous trouvons peu après Pré-le-Champ, à 1km au dessus d’Argentières en haute Savoie. Nous délaissons la voiture pour les chaussures de trail.
Tandis que tous les regards, en ce w.e « UTMB », sont tournés vers Chamonix pour une des courses ultra les plus durs de notre époque, nous voilà partis pour passer un excellent moment sur les sentiers des aiguilles rouges.
J’avais tout prévu, en sorte que la météo ne nous joue pas de mauvais tours.
Direction donc le lac blanc, tant connu et tant empruntés par les randonneurs de la région. Oui mais voilà, la foule et moi ca fait « … », donc le départ se fait en milieu / fin d’après midi afin de ne trouver personne là haut en soirée.
Au fur et à mesure que nous grimpons, les nuages les plus résistants se dissipent pour laisser peu à peu le soleil gagner sa place. Une place d’ailleurs qu’il gardera jusqu’au lendemain soir.
Le massif des aiguilles rouges est pour moi l’un des plus beaux de notre pays. Un véritable endroit sauvage, et un sublime balcon sur toute la chaîne du mont Blanc. Cette rando n’est pas très compliquée et difficile en soi. Le sentier est bien cairné, et des mains courantes et des échelles sont installées aux endroits les plus délicats.
Plus nous nous approchons du lac blanc et plus nous découvrons la beauté des paysages. Nous surprenons quelques bouquetins, dont une maman avec plusieurs de ses petits vaguer ici et là, sauter de roches en roches. Quel spectacle avec comme arrière plan le plus haut sommet d’Europe…
Nous arrivons aux premiers lacs des chéserys. Ils se sont installés sur le vaste replat qui s’étire à mi-hauteur des aiguilles rouges. Tout autour d’eux, s’égaient les rhododendrons et les potentilles dorées.
Puis nous voilà au lac blanc avec son refuge, à 2352 m. Nous nous y attardons pas, et contournons le lac par sa droite. Nous grimpons en direction du col du belvédère qui se situe dans la ligne directe du lac blanc. Celui ci se situe à 2780m d’altitude.
Les mauvais jours passés ont laissé une neige fraiche au sol, et il est parfois difficile de deviner les cailloux qui n’attendent que nos chevilles. Mais il nous en faudra davantage pour rebrousser chemin.
Arriver sous le col, je me rends compte qu’il sera compliqué d’installer la tente à cet endroit. Je lui propose donc de contourner la montagne par l’ouest afin d’y trouver un bon emplacement. Le but est en fait de trouver une vue imprenable sur la chaine du Mt Blanc. Après quelques passages "galères", toujours à cause de la neige, nous trouvons comme par enchantement un endroit dont on se contentera aisément. J’essaie d’aplatir les cailloux les plus rebelles et nous installons la tente, à flanc de montagne et à quelques pas d’un impressionnant précipice. Celui des aiguilles crochues, qui culminent à 2840m.
Dès lors, le froid arrive très vite. Nous sommes à 2700m, et la température tombe incroyablement rapidement. Nous nous réfugions dans notre tente, et sans aucun bruit à l’horizon, nous dînons avec comme seuls voisins les aiguilles rouges d’un côté de la vallée, …, et l’aiguille verte, les drus, le mont blanc du tacul, le mont maudit, le mont blanc, la pointe de Bionnassay, … de l’autre. Que rêver de mieux ?
Alors que l’on savoure la soupe chaude qui vient nous réchauffer le corps tout entier, on entend tout à coups une voix au loin qui résonne dans la vallée. Estelle m’adresse des yeux intrigués ! Et je comprends tout de suite qu’il s’agit du speaker de l’UTMB qui est en train de scander le nom du vainqueur (à savoir Kilian Jornet) de l’édition 2011. Ce fût un moment sympa. Puis la voix s’éteint, en même temps que les montagnes se plongent dans la nuit. Le coucher de soleil enrobe les montagnes d’une couleur or, puis rose, avant de se noircir complètement.
J’avais jusque là seulement imaginé de tels moments en lisant des livres (comme premier de cordée, de frison roche) mais jamais je n’avais vu et assister à un tel spectacle. Je me rends compte désormais que la haute montagne est un tout autre monde. Un monde qui m’attire de plus en plus. Ses grands sommets qui sont là, face à moi, me remplissent tout à coup d’un bonheur indescriptible.
La nuit se fait désormais noire obscure, pour laisser la place à un ciel étoilé de toute beauté. Des étoiles par milliers. Et pas un nuage pour gâcher ça ! On devine au loin les glaciers, et les neiges éternelles en face de nous. On y resterait pour admirer tous ceci des heures et des heures entières, mais voilà, le froid est saisissant et l’on doit bien précautionneusement resté au chaud sous notre tente et dans nos sacs de couchages.
La nuit a été longue. La température est descendu à -10°c. Et nous avons à peine pu fermer l’œil de la nuit.
A 5h30’ du matin, le lendemain, les premières lueurs apparaissent à travers la toile de tente. Nous prenons le temps de déjeuner avant de sortir le nez dehors. Comme la veille, le thé chaud est le bienvenue. Rien dormi, mais grand appétit. L’air de la montagne, ca creuse !

Bien habillés, nous sortons de la tente vers les 6h du matin, et assistons à l’une des plus belles merveilles du monde. Le levé du soleil sur les alpes. Incroyable spectacle que cette luminosité dans un froid polaire qui vient progressivement « chatouiller » les montagnes les unes après les autres. Les rayons du soleil éclatent dans un ciel bleu clair et pur, sans aucun nuage. Puis ce dernier vient nous réchauffer le visage comme une récompense au bout d’une nuit interminable. Nul besoin de trop parler, nous sommes les témoins d’un moment unique que nous partageons, tous deux, là, seuls dans cette nature primitive, hostile à l’homme.
Le temps de « plier » la tente, et de prendre le chemin du retour, nous prenons des photos tout en savourant l’instant. Nous entendons le bruit de la neige glacée qui craque sous chacun de nos pas.
Nous arrivons au lac blanc. D’ici, le panorama est exceptionnel. Les montagnes reflètent dans l’eau bleue et blanche du lac.

L’instant est magique car à cette heure « très » matinale, il n’y a encore personne dans les environs. Nous prenons tout notre temps et observons la présence de nombreuses marmottes qui se font dorées sur les rochers.

En milieu de matinée, nous décidons de rejoindre la voiture par le même sentier que la veille. Il était temps car des dizaines de randonneurs sont en train de monter, depuis la vallée, pour profiter du soleil et de la vue dégagée qu’offre les lieux. Nous leur laissons bien volontiers, car nous avons vécus depuis hier soir, seuls au milieu de "rien", des moments uniques et inoubliables.
Les aiguilles rouges et la beauté incomparables des paysages, nous offrant une bouffée de fraicheur, où à contrario peu d’endroits dans ce monde moderne peuvent nous proposer avec autant de profondeur.

















